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Paris lève son verre (deux fois) !

  • Photo du rédacteur: tristanog
    tristanog
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture



Avril 2026 — Cette semaine, Paris a sorti ses plus belles bouteilles pour honorer ceux qui méritent vraiment d'être distingués : les patrons de bistrots qui font bien boire.


Deux trophées qui ont de la bouteille


Avant de raconter la fête, deux mots d'histoire — parce que ces récompenses ne ressemblent à aucune autre. Pas de plateau télé, pas de sponsor bancaire. Des trophées qui brillent et des amoureux des bistrots au jury.



La Coupe du Meilleur Pot est née d'un exil. Pendant l'Occupation, des journalistes et écrivains parisiens repliés en zone libre avaient découvert les bouchons lyonnais et le fameux pot — ce pichet de 46 cl à fond épais dans lequel le vin coule sans chichis. De retour à Paris après la guerre, nostalgiques de cette France-là, ils fondent en 1948 l'Académie Rabelais dans la salle des vendanges du Château Thivin, au pied du Mont Brouilly. La Coupe suit en 1954, à l'initiative de Marcel Grancher, pour célébrer les bistrots qui servent au comptoir des vins de qualité choisis par le patron. Depuis lors, elle chemine d'année en année de comptoir en comptoir.


La Bouteille d'Or est née d'un schisme. Dans les années 1980, quelques lauréats de la Coupe du Meilleur Pot décident de créer leur propre trophée, avec leur propre philosophie — celle de l'association Tradition du Vin, fondée en 1986 par des copains bistrotiers, Bernard Perret, Paul Calvet entre autres, avec le soutien de leur ami Lionel Poilâne. Concurrentes sur le papier, les deux familles sont aujourd'hui amies et poursuivent le même but : faire rayonner les bistrots de qualité, ces lieux où un patron connait ses vignerons et leurs vins et les fait partager avec générosité. Deux trophées donc, une même foi.



Jeudi 16 avril : Tom Le Fèvre et le Chantefable


Avenue Gambetta, 20e. Devant quelques centaines de personnes — amis, habitués, vignerons, journalistes, fournisseurs — Nicolas Plescoff (président de l'Académie Rabelais) et Bruno Carlhian (président du jury) remettent la Coupe 2026 à Tom Le Fèvre, 35 ans, à la tête du Chantefable depuis 2020. Ancien de l'Escargot Montorgueil, il a transformé la belle brasserie fin XIXe en une adresse incontournable : plus d'une trentaine de crus au verre, des prix honnêtes, une cave qui va chercher du côté de la Loire, de l'Alsace, du Rhône — et évidemment du Beaujolais. La famille Savoye était d'ailleurs là, venue par amitié, pour s'assurer que Brouilly et Morgon feraient leur office auprès des soifs les plus tenaces.

La Coupe avait voyagé jusqu'au Chantefable en bonne procession, depuis le Guersant (lauréat 2025) via le Petit Acacia 3, La Mascotte et Le Mistral. Comme il se doit.





Samedi 18 avril : Justine et Eric Ling et le Gallia


Deux jours plus tard, carrefour Saint-Ambroise / Saint-Maur (11e), l'ambiance est tout aussi festive — voire plus pontificale. Sébastien Mayol, patron d'Oh Vin Dieu et dernier lauréat de la Bouteille d'Or, arrive en costume de pape, debout dans une décapotable jaune, trophée en main, sur un air de Jésus Reviens. Les anciens lauréats étaient là pour accueillir la relève : Stéphane Reynaud de Oui Mon Général, Alain et Laurent Roucous de L'Imprévu, Michel Gineston du Veau qui Tête à Rungis.

Justine et Eric Ling, qui tiennent le Gallia depuis onze ans, récoltent une récompense méritée : belle carte des vins, vins de vignerons connus personnellement, cuisine de qualité, comptoir vivant. Le jury, coprésidé par Nicolas Decatoire du Gavroche et Vincent Limouzin du Bistrot des Halles, a clairement tranché en leur faveur. On a fêté ça dignement, avec une belle sélection des vignerons de Terroirs Originels, en blanc, en rouge et en magnum.

La procession avait fait le chemin depuis Oh Vin Dieu, en passant par le Bon Georges et le Bistrot des Halles.



Les soldats de la cause étaient au rendez-vous


À chaque cérémonie, on notait la présence des mêmes fidèles — ceux qui, au-delà de la fête, se battent au quotidien pour que le bistrot reste vivant. Parmi eux, Alain Fontaine, patron du Mesturet, qui mène depuis des années le combat pour l'inscription des bistrots et cafés au patrimoine mondial de l'UNESCO — une première victoire a déjà été obtenue avec leur inscription au patrimoine culturel immatériel français en 2024. On y croisait aussi le Guide Pudlo des Bistrots, par Gilles Pudlowski et Benjamin Berline, boussole indispensable pour qui cherche le bon zinc. Et côté presse spécialisée, la fidélité de Thierry Boeuf, voix des bistrots à la radio Ici Paris, de Laurent Bromberger dont paris-bistro.com est une source inépuisable sur la vie du zinc parisien, de Bruno Carlhian — encore lui —, et de Jean-Michel Dehais pour l'Auvergnat de Paris. Sans eux, la moitié de ces histoires se perdrait dans le fond d'un verre.





Photos : Tristan Olphe-Galliard





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